DEUXIEME PARTIE LES DEUX TOURS. CHAPITRE SIX LE LAC INTERDIT

Livre IV

CHAPITRE SIX LE LAC INTERDIT

«C'est un dur destin et une mission désespérée, dit Faramir. Mais rappelez-vous au moins mon avertissement: méfiez-vous de ce guide, Sméagol. Il a déjà commis un meurtre. Je l'ai lu en lui» Il soupira.

«Eh bien, ainsi donc nous nous sommes rencontrés et nous nous séparons, Frodon fils de Drogon. Il n'est pas besoin de vous bercer de douces paroles: je n'espère pas vous revoir aucun autre jour sous ce Soleil. Mais vous partirez maintenant avec ma bénédiction, sur vous et sur tous les vôtres. Reposez-vous un peu pendant que l'on vous préparera de la nourriture.

J'aimerais bien apprendre comment ce rampant Sméagol devint possesseur de l'Objet dont nous parlons et comment il le perdit, mais je ne vous ennuierai pas maintenant. Si jamais, contre tout espoir, vous reveniez aux terres des vivants et que nous reprenions nos récits, assis près d'un mur au soleil et riant des tristesses passées, vous me le direz alors. Jusqu'à ce moment ou quelque autre au-delà de la vision des Pierres Voyantes de Nûmenor, adieu! »

Il se leva et s'inclina profondément devant Frodon, puis il tira le rideau et passa dans la caverne.

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DEUXIEME PARTIE LES DEUX TOURS

Livre IV CHAPITRE SEPT VOYAGE A LA CROISÉE DES CHEMINS

CHAPITRE SEPT

VOYAGE A LA CROISÉE DES CHEMINS

Frodon et Sam retournèrent à leurs lits 'et s'étendirent en silence pour se reposer un peu, tandis que les hommes se remuaient et que les occupations de la journée commençaient. Après un moment, on leur apporta de l'eau, puis on les conduisit à une table où le couvert était mis pour trois. Faramir déjeuna avec eux. Il n'avait pas dormi depuis le combat de la veille, mais il ne paraissait pas fatigué.

Le repas terminé, ils se levèrent. «Puisse nulle faim ne vous tourmenter en route, dit Faramir. Vous avez peu de vivres, mais j'ai fait placer dans vos paquets une petite réserve de nourriture qui convienne à des voyageurs. Vous ne manquerez pas d'eau tant que vous marcherez dans l'Ithilien, mais ne buvez à aucun ruisseau descendant de l'Imlad Morgul, la Vallée de la Mort Vive. Il faut aussi que je vous dise ceci: mes éclaireurs et mes guetteurs sont tous rentrés, même certains qui s'étaient glissés jusqu'en vue du Morannon. Ils trouvent tous une chose étrange. Le pays est vide. II n'y a rien sur la route, on n'entend nulle part le son de pas, de cors ni de cordes d'arcs. Un silence d'attente plane sur la Terre sans Nom. J'ignore ce que cela présage. Mais le moment approche rapidement de quelque grande conclusion. La tempête vient. Hâtez-vous tant que vous le pouvez! Si vous êtes prêts, partons. Le Soleil s'élèvera bientôt au-dessus de l'ombre»



On apporta aux hobbits leurs paquets (un peu plus lourds qu'auparavant), et aussi deux solides bâtons de bois poli, ferrés, à tête sculptée par laquelle passait une lanière de cuir tressé.

«Je n'ai pas de cadeaux convenables à vous offrir au moment de notre séparation, dit Faramir, mais prenez ces bâtons. Ils pourront être utiles à ceux qui marchent ou grimpent en terre sauvage. Les hommes des Montagnes Blanches les utilisent, encore que ceux-ci aient été coupés pour votre taille et nouvellement ferrés. Ils sont faits du bel arbre lebethron, cher aux charpentiers de Gondor, et la vertu leur a été donnée de trouver et de revenir. Puisse cette vertu ne pas faire entièrement défaut sous l'Ombre dans laquelle vous allez! »

Les hobbits s'inclinèrent très bas. «Très gracieux hôte, dit Frodon, il m'avait été dit par Elrond le Semi-Elfe que je trouverais en chemin de l'amitié, secrète et imprévue. Je n'en cherchais certes pas de la qualité de celle que vous m'avez montrée. L'avoir trouvée tourne le mal en un grand bien»



Ils s'apprêtèrent alors au départ. Gollum fut tiré de quelque coin ou de quelque cachette, et il paraissait lus satisfait de lui-même qu'auparavant, bien qu'il se tînt tout près de Frodon et évitât le regard de Faramir.

«Votre guide doit avoir les yeux bandés, dit Faramir, mais pour vous et votre serviteur Samsagace, je vous en dispense, si vous le désirez»

Gollum poussa un cri aigu, se tortilla et s'agrippa à Frodon quand on vint lui bander les yeux, et Frodon dit: «Bandez-nous les yeux à tous trois et couvrez les miens en premier, il verra peut-être ainsi qu'on ne lui veut aucun mal» Il fut ainsi fait, et on les mena hors de la caverne d'Henneth Annûn. Quand ils eurent passé par les couloirs et par les escaliers, ils sentirent autour d'eux l'air frais, pur et doux, du matin. Ils poursuivirent un peu leur chemin ainsi aveuglés, montant et puis descendant doucement. Enfin la voix de Faramir ordonna de les débarrasser de leurs bandeaux.

Ils se trouvaient de nouveau sous les branches des arbres. On n'entendait aucun son des chutes d'eau, car une longue pente s'étendait à présent en direction du sud entre eux et le ravin dans lequel coulait la rivière. Ils virent à l'ouest de la lumière à travers les arbres, comme si le monde se terminait brusquement là à un bord qui ne donnait que sur le ciel.

«Ici se séparent définitivement nos chemins, dit Faramir. Si vous suivez mon conseil, vous ne tournerez pas encore vers l'est. Continuez, tout droit, car vous aurez ainsi l'abri de la forêt sur de nombreux milles. A l'ouest, il y a une arête, et le soi descend dans de grandes vallées, tantôt brusquement et à pic et tantôt en longues pentes. Suivez cette arête et les lisières de la forêt. Au début de votre voyage, vous pourrez marcher de jour, je pense. Le pays est endormi dans une fausse paix, et pour un temps tout mal a été retiré. Profitez en tant que vous le pouvez! »

Il étreignit les hobbits, à la manière de son peuple se baissant, les mains sur les épaules, pour leur baiser le front.

«Allez avec la bonne volonté de tous les hommes de bien! » Dit-il.

Ils s'inclinèrent jusqu'à terre. Puis, se détournant, il les quitta sans jeter un regard en arrière et rejoignit ses deux gardes, restés à une petite distance. Ils s'émerveillèrent de voir avec quelle rapidité ces hommes vêtus de vert se murent alors, disparaissant presque en un clin d'œil La forêt où Faramir s'était tenu parut vide et triste, comme si un rêve eût passé.

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